Pr Eric E. GabisonOphtalmologie · Cornée & réfractive · Paris
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Sommaire du cours ▾
  1. Définitions & cadre nosologique
  2. Diagnostic de terrain
  3. Génétique avancée
  4. Physiopathologie
  5. Topographie, tomographie & épithélium
  6. Classifications & staging
  7. DMP — spécificités
  8. Cross-linking (CXL)
  9. PTK topoguidée ± CXL
  10. Cas clinique illustré
  11. Anneaux intracornéens (ICRS)
  12. CAIRS (allogénique)
  13. DALK — lamellaire profonde
  14. Hydrops aigu
  15. Arbre décisionnel de synthèse
Stabiliser & régulariser · Chapitres 08 → 09

Cross-linking & PTK topoguidée

Le cross-linking fige la progression ; la PTK topoguidée régularise la surface. Deux gestes complémentaires dont toute la sécurité tient à deux chiffres : 400 µm de stroma résiduel et une ablation plafonnée.

Chapitre 08

Cross-linking cornéen (CXL)

8.1 Principe

Riboflavine (photosensibilisateur) + UVA 370 nm → génération de ROS → pontages covalents collagène-collagène et collagène-protéoglycanes → ↑ rigidité biomécanique et arrêt de la progression (≈ 90 % de stabilisation). Le CXL stabilise sans corriger : il ne rend pas la vue, il empêche l'aggravation.

8.2 Protocoles

Protocoles de cross-linking (dose totale de référence : 5,4 J/cm²)
ProtocoleParamètresRemarque
Dresden (epi-off standard)Riboflavine 0,1 % (dextran) · 3 mW/cm² × 30 minRéférence Meilleur recul, profondeur d'effet maximale.
Accéléré9 mW × 10 min · 18 mW × ~5 min · 30 mW × 3 minLoi de réciprocité (Bunsen-Roscoe) avec limites : efficacité de profondeur moindre à haute intensité (oxygène limitant).
Iontophorèse / epi-onPénétration facilitée sans désépithélialisationMoins pénétrant/efficace, mais moins morbide.
PACE / pulséCXL personnalisés, cycles UV pulsésAmélioration de l'oxygénation stromale.
Théranostique (iontophorèse)Transépithéliale, riboflavine délivrée par iontophorèse ; suivi en temps réel de la riboflavine stromaleLa fluence UV-A est adaptée en continu (« score riboflavine ») → dose personnalisée, pilotée par algorithme.
Innovation — CXL théranostique & fluence adaptée par IA

La CXL théranostique associe une iontophorèse (délivrance transépithéliale de la riboflavine, épithélium préservé) à un appareil UV-A « théranostique » qui mesure en temps réel la concentration stromale de riboflavine (analyse hyperspectrale, « score riboflavine ») et adapte la fluence UV-A en continu — un dosage personnalisé, piloté par algorithme. Objectif : compenser la moindre pénétration de la riboflavine en transépithélial et estimer l’efficacité du pontage pendant la séance. Évaluée par un essai randomisé (protocole ARGO) et de premières données réelles à 1 an dans le kératocône évolutif.

8.3 Limites — à connaître par cœur

  • Pachymétrie stromale minimale ≥ 400 µm après désépithélialisation (protection endothéliale contre l'UVA). Cornées fines → riboflavine hypo-osmolaire pour gonfler à ≥ 400 µm, ou epi-on/adapté.
  • Kératométrie : pas de seuil de sécurité strict, mais efficacité/prédictibilité décroissantes dans les cônes très avancés (K max très élevé).
Contre-indications

Cornée < 400 µm non gonflable · herpès cornéen (risque de réactivation) · cicatrice centrale dense · infection active · grossesse (relative).

Chapitre 09

PTK topoguidée ± CXL — protocoles combinés

9.1 Objectif

Régulariser la surface antérieure (réduction de l'astigmatisme irrégulier, du coma, amélioration de l'acuité) — non pas corriger toute l'amétropie — le tout en préservant du tissu et en combinant au CXL pour ne pas déstabiliser.

9.2 Deux logiques d'ablation

  • t-PTK (trans-épithéliale, guidée par la carte épithéliale) : exploite le remodelage épithélial ; l'épithélium sert de « masque » de lissage — l'ablation transépithéliale régularise en suivant le profil doughnut et normalise paradoxalement la surface stromale sous-jacente.
  • PRK topoguidée partielle (protocoles type Athens / Cretan) : photoablation myopique/topoguidée tissue-saving, plafonnée.

9.3 Protocoles combinés

Athènes (Kanellopoulos)
PRK topoguidée partielle (ablation max ≈ ≤ 50 µm) + CXL haute fluence dans la même séance (« same-day »).
Crétois
Variante avec paramètres CXL adaptés.
Logique
Régulariser d'abord, ponter ensuite pour figer.

9.4 Limites stromales & kératométriques — impératives

  • Profondeur d'ablation plafonnée : viser ≤ 50 µm (objectif régularisation, pas correction complète).
  • Lit stromal résiduel ≥ 400 µm pour permettre le CXL sécurisé après ablation.
  • Cônes très cambrés (K max très élevé) = prédictibilité faible ; privilégier la stabilisation/ICRS plutôt qu'une régularisation ambitieuse.
Règle absolue

Ne jamais faire de PRK topoguidée « pleine » sur un kératocône (risque d'ectasie majorée) : toujours partielle + CXL.

Cas clinique

Cas clinique illustré — régularisation cornéenne en cascade & calcul d'implant

Patiente de 69 ans, œil droit. Cataracte cortico-nucléaire, kératocône évoluant depuis 60 ans, port de lentilles rigides depuis 30 ans. Bilan réalisé 4 mois après arrêt des lentilles et 4 mois après pose d'anneaux intracornéens (AIC). Le cas illustre une stratégie combinée : régulariser la cornée (anneaux intracornéens puis laser topoguidé sur les aberrations de haut degré), fiabiliser le calcul d'implant (kératométrie totale TK / EKR intégrant la face postérieure), et gérer une greffe endothéliale sur greffe ancienne.

Pentacam Holladay EKR Detail Report et IOLMaster 700 TK (œil droit) : kératométrie équivalente et biométrie avant/après régularisation cornéenne
Planche 1 — Kératométrie totale & biométrie pour le calcul d'implant. Pentacam Holladay EKR Detail Report (OD) : l'EKR65 (Equivalent K-Reading, qui intègre la face postérieure) donne en zone 4,5 mm K1 45,49 D / K2 47,08 D, astigmatisme 1,59 D — carte axiale à astigmatisme irrégulier avec bombement inféro-central. Photo en lampe à fente (reflet de l'anneau) et aberrométrie OPD-Scan (RMS élevé, aberrations de haut degré). En bas, deux mesures IOLMaster 700 avec kératométrie totale (TK) comparées : initialement très astigmate (K1 45,89 @90 / K2 50,25 @180, ΔK −4,36 D), puis après régularisation astigmatisme kératométrique quasi nul (TK1 45,19 @136 / TK2 47,92 @46) — le calcul d'implant devient fiable. La TK / EKR est la clé du calcul d'implant sur cornée ectasique (données patiente anonymisées).
Suivi Pentacam (cartes axiale, pachymétrie, élévation postérieure) : état de base, après anneaux intracornéens, puis après laser topoguidé sur les HOA
Planche 2 — Suivi topographique de la régularisation en cascade. Trois lignes de cartes Pentacam (axiale / pachymétrie / élévation postérieure). Ligne du haut : état de base — cône inférieur, K max > 57 D, élévation postérieure très pathologique (+84 µm). Ligne du milieu — anneaux intracornéens : aplatissement partiel, réduction du bombement. Ligne du bas — laser topoguidé centré sur les aberrations de haut degré : surface plus régulière, élévation postérieure améliorée. À droite, OCT de segment antérieur mesurant l'épaisseur cornéenne et la profondeur des anneaux.
Laser excimer topoguidé T-CAT (Topolyzer Wavelight Allegretto), profil d'ablation personnalisé, et DMEK sur ancienne greffe
Planche 3 — Laser excimer topoguidé (T-CAT) & DMEK sur greffe ancienne. En haut, DMEK sur ancienne greffe (KT) : deux cartes axiales Topolyzer (Wavelight Allegretto) avant / après, astigmatisme majeur (Sim K ≈ 9–10 D) traité par photoablation thérapeutique / topoguidée ciblant les aberrations de haut degré. En bas, Topography-guided Customized Ablation Treatment (T-CAT) : profil d'ablation personnalisé (max 114,87 µm, central 62,74 µm), imagerie peropératoire à 10 / 50 / 90 % et suivi de la position pupillaire et de la cyclotorsion par eye-tracking.
À retenir — la logique du cas

Chez un kératocône ancien devenu cataracte, la séquence anneaux → laser topoguidé (T-CAT / PTK) → phaco avec calcul sur TK / EKR permet de régulariser l'astigmatisme irrégulier et les aberrations de haut degré, de rendre le calcul d'implant fiable (kératométrie totale), et de traiter une décompensation endothéliale par DMEK même sur greffe ancienne. Régulariser d'abord, mesurer ensuite.