Pr Eric E. GabisonOphtalmologie · Cornée & réfractive · Paris
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Sommaire du cours ▾
  1. Définitions & cadre nosologique
  2. Diagnostic de terrain
  3. Génétique avancée
  4. Physiopathologie
  5. Topographie, tomographie & épithélium
  6. Classifications & staging
  7. DMP — spécificités
  8. Cross-linking (CXL)
  9. PTK topoguidée ± CXL
  10. Cas clinique illustré
  11. Anneaux intracornéens (ICRS)
  12. CAIRS (allogénique)
  13. DALK — lamellaire profonde
  14. Hydrops aigu
  15. Arbre décisionnel de synthèse
Diagnostic · Chapitres 05 → 07

Imagerie & staging

Détecter la forme fruste, c'est faire converger trois lectures : la courbure (Placido), l'élévation et la pachymétrie (Scheimpflug), et l'épithélium qui « démasque » (OCT). Puis stader pour décider — et surtout détecter la progression.

Chapitre 05

Topographie, tomographie & mapping épithélial

5.1 Topographie de Placido (courbure antérieure)

Signes : bombement inférieur, bowtie asymétrique avec axe radial dévié (SRAX/AB-SRAX), K central élevé. Indices de Rabinowitz : valeur I-S (asymétrie inféro-supérieure), K central > 47-48 D ; KISA% combinant K, I-S, astigmatisme, SRAX. Limite : n'explore que la face antérieure et est « masquée » par le remodelage épithélial.

5.2 Tomographie Scheimpflug (Pentacam) — le standard

  • Élévation antérieure ET postérieure (best-fit sphere / ellipsoïde torique) : la face postérieure est le témoin le plus précoce.
  • Carte pachymétrique complète : point le plus fin, sa position, indices de progression pachymétrique (PPI), CTSP/PTI.
  • BAD-D (Belin-Ambrósio Enhanced Ectasia Display) : score global multiparamétrique, excellent pour la forme fruste.
  • Toujours coupler à la biomécanique (Corvis TBI) pour les formes subcliniques.

5.3 Mapping épithélial OCT — l'outil qui « démasque »

L'épithélium remodèle activement sa géométrie pour compenser une irrégularité stromale sous-jacente : il masque partiellement la topographie antérieure de Placido. Le mapping épithélial OCT révèle le stroma « vrai ».

Cartographie épithéliale (OCT) — « doughnut »épithélium fin au sommet, épaissi en anneauMIN35455564µmépaisseur épithéliale (vue de face)max élévation stromaleépithélium minimalanneau épaisanneau épaisl’épithélium « masque » le cône
Cartographie épithéliale en « doughnut » — amincissement focal au sommet du cône, anneau d’épaississement périphérique (schéma original).
  • Épithélium normal : ≈ 50-53 µm central, remarquablement régulier ; plus mince en supérieur, un peu plus épais en inférieur.
  • Indices : ↑ écart Min-Max, ↑ écart-type, localisation du minimum décalée en inféro-temporal.
  • Patterns : régulier (normal) · thinning focal en doughnut (KC) · thinning diffus / warpage lié aux lentilles (régresse à l'arrêt) · bande inférieure périphérique (DMP).

Applications majeures : dépistage subclinique (le doughnut peut précéder les signes tomographiques francs), différencier KC vrai vs warpage aux lentilles, guider la PTK topoguidée (le profil épithélial dicte la profondeur d'ablation), et suivre la progression.

Stratégie intégrée — forme fruste

Tomographie (BAD-D, élévation postérieure, pachymétrie) + biomécanique (Corvis TBI) + mapping épithélial (doughnut). Un seul critère peut manquer ; c'est la concordance qui fait le diagnostic.

Chapitre 06

Classifications & staging

6.1 Amsler-Krumeich (historique, 4 stades)

Basée sur K, réfraction/myopie induite, pachymétrie et présence de cicatrices. Utile, mais ne tient compte ni de la face postérieure ni de la vision.

Stades d'Amsler-Krumeich
StadeK maxPachymétrieRéfractionCicatrice
I< 48 Dnormalemyopie/astig < 5 Dnon
II< 53 D> 400 µm5-8 Dnon
III> 53 D200-400 µm> 8 Dnon
IV> 55 D< 200 µmnon mesurableoui

6.2 ABCD (Belin) — recommandée

Staging par 4 paramètres indépendants, chacun coté 0-4, avec suffixe (-/+) pour cicatrice/vision :

A
Rayon antérieur, zone 3 mm (ARC).
B
Rayon postérieur, zone 3 mm (PRC) → sensibilité précoce.
C
Pachymétrie la plus fine.
D
Meilleure acuité corrigée (Distance BCVA).

Avantage : intègre la face postérieure (précoce) et la fonction (D), et sert de référentiel de progression stade par stade.

Notion de progression — décision de CXL

Progression documentée = évolution significative d'au moins un critère (K max, indice ABCD, pachymétrie minimale, astigmatisme) sur 2 examens comparables → indication de cross-linking.

Chapitre 07

Dégénérescence marginale pellucide — spécificités

  • Sémiologie : bande d'amincissement inférieure de 4 à 8 heures, à 1-2 mm du limbe, cornée bombant au-dessus de la bande fine (« beer-belly »), fort astigmatisme inverse.
  • Topographie : « pince de crabe » (crab-claw) / « ailes de papillon » / « colombes qui s'embrassent » — mais attention, la crab-claw se voit aussi dans le KC inférieur → la pachymétrie tranche (périphérique inférieur = DMP ; para-central = KC).

Prise en charge

Réhabilitation
Lentilles rigides / sclérales — souvent la meilleure réhabilitation visuelle.
Stabilisation
CXL en bande, protocoles adaptés à la topographie périphérique.
Régularisation
ICRS : placement inférieur asymétrique délicat (segment très périphérique, proche de la zone fine).
Chirurgie lamellaire
Kératoplastie lamellaire en croissant (crescentic), DALK tuck-in, ou greffe excentrée large ; à réserver aux formes très évoluées.
SILK (scléro-cornéenne)
Greffe lamellaire intrastromale scléro-cornéenne (Gabison et coll.) : greffon stromal en croissant inséré via un tunnel scléral sous OCT — réépaissit la bande fine et corrige l’astigmatisme inverse, même dans les formes avancées.
Technique — SILK (Gabison et coll., Cornea 2016)

La SILK (Sclerocorneal Intrastromal Lamellar Keratoplasty) traite les DMP évoluées en corrigeant à la fois l’amincissement et l’astigmatisme induit. Sous OCT peropératoire, on cartographie la zone la plus fine, puis, par un tunnel scléral (incision parallèle au limbe), on crée une poche intrastromale par dissection lamellaire épargnant le centre cornéen ; on y insère un greffon stromal en croissant (~300 µm) qui réépaissit la bande inférieure. La fermeture du tunnel scléral (nylon 10/0) cambre le méridien vertical et majore la correction — jusqu’à ~11,6 D d’astigmatisme corrigées, sans complication. Atouts : endothélium conservé, aucune suture cornéenne, greffon en poche fermée (risque infectieux/déhiscence réduit), corticothérapie courte ; variante femto-assistée possible. Réf. : Guindolet, Petrovic, Doan, Cochereau, Gabison. Cornea 2016;35(6):900-3.

SILK — greffe lamellaire intrastromale scléro-cornéennereconstruction additive de la DMP sous guidage OCT (Gabison et coll., Cornea 2016)sclèrecornéebande fine (DMP)OCT peropératoire1Tunnel scléral (parallèle au limbe)2Poche intrastromale — centre cornéen épargné3Greffon stromal en croissant (~300 µm) → réépaissit la bande fine4Fermeture sclérale (10/0) → cambre le méridien vertical1234Résultat : réépaississement + astigmatisme inverse ↓ ~11,6 D
Schéma de la technique SILK : greffon stromal en croissant inséré dans une poche intrastromale par tunnel scléral, sous OCT peropératoire (schéma original).
Piège dimensionnel — ICRS dans la DMP

La bande fine périphérique impose un segment très excentré : risque accru d'extrusion et effet moins prévisible qu'un cône central. Envisager préférentiellement les sclérales ou un CAIRS additif si la cornée est trop fine pour du PMMA sûr.