21 octobre 2026
De la première preuve de concept préclinique aux premières implantations humaines : retour sur le développement de Precise Bio, sur ce que ce greffon endothélial change par rapport à une DMEK ou une DSAEK, et sur les perspectives d'une transformation des banques de cornées.
À proximité de Tel-Aviv, j'ai récemment eu l'occasion de visiter les installations de Precise Bio et d'échanger avec Amos Eitan et Aryeh Batt.
Des cellules endothéliales cornéennes imprimées automatiquement en 3D sur une matrice de collagène, des supports — scaffolds — capables de se déployer spontanément dans leur milieu de culture, une technologie robotisée dont la simplicité apparente contraste avec la complexité biologique sous-jacente.
Cette visite illustre le chemin parcouru par l'ingénierie tissulaire cornéenne : des premières expérimentations animales à une production standardisée de tissus destinés à l'implantation humaine.
Elle pose surtout une question : sommes-nous à l'aube d'une transformation profonde de la greffe de cornée et du fonctionnement des banques de cornées ?
Une activité dédiée à l'ophtalmologie
Precise Bio annonce, dans le contexte de l'AAO, la création d'une division ophtalmologique à Winston-Salem, en Caroline du Nord. L'entreprise fait état de travaux précliniques, et se présente comme la première à avoir transplanté un greffon cornéen imprimé en 3D chez l'animal.
Diversification des applications
Lors de l'Ophthalmology Innovation Summit, tenu à San Diego conjointement à l'ASCRS, Precise Bio présente sa plateforme de biofabrication 4D et annonce des travaux précliniques sur un substitut de surface oculaire — cellules souches limbiques et biomatériaux — destiné aux déficits en cellules souches limbiques. D'autres applications sont évoquées, notamment des modèles tissulaires pour la recherche pharmacologique.
Un partenariat stratégique avec Carl Zeiss Meditec
Les deux entreprises annoncent un accord de développement et de commercialisation portant sur deux familles de tissus cornéens biofabriqués : des greffons destinés à la kératoplastie endothéliale et des lenticules stromaux pour la correction visuelle et le kératocône. ZEISS investit dans Precise Bio, finance le développement des deux produits et détient des droits mondiaux exclusifs de commercialisation. Les montants ne sont pas divulgués.
Mise en avant institutionnelle
Precise Bio relaie, sur sa page d'actualités, une communication associant l'entreprise à l'Israel Innovation Authority. Cette étape témoigne de la visibilité du programme ; elle ne constitue pas en elle-même une validation clinique.
Première implantation humaine
Au Rambam Medical Center de Haïfa, le Pr Michael Mimouni réalise la première implantation humaine du PB-001, également désigné PVEK, un implant endothélial bio-imprimé à partir de cellules endothéliales cornéennes cultivées déposées sur un support de collagène. La patiente était aveugle de cet œil. L'intervention est annoncée publiquement le 19 novembre 2025.
Trois premiers patients implantés
Precise Bio annonce l'implantation de deux patients supplémentaires, après autorisation de poursuite de l'essai par le ministère israélien de la Santé. Aucun événement indésirable grave n'est rapporté chez les trois premiers patients à cette date, et l'entreprise fait état d'une amélioration visuelle importante chez la première patiente. L'essai de phase 1, monobras, prévoit l'inclusion de 10 à 15 patients présentant un œdème cornéen secondaire à une dysfonction endothéliale, avec une exploration de l'efficacité à six mois et des premiers résultats globaux annoncés pour le quatrième trimestre 2026.
Chronologie établie à partir des communiqués et archives publiques retrouvés. Les étapes retenues concernent les principales annonces scientifiques, industrielles et cliniques ; les interventions médiatiques ne sont pas toutes reproduites.
Le produit le plus avancé de Precise Bio, PB-001, également désigné PVEK (Precise Bio Vision Endothelial Keratoplasty), repose sur l'association de cellules endothéliales cornéennes cultivées et d'un support biocompatible biofabriqué. La technologie vise à produire un tissu vivant susceptible de restaurer la fonction endothéliale cornéenne. Il s'agit donc d'un greffon endothélial, et non d'une cornée de pleine épaisseur.
L'un des aspects les plus intéressants observés lors de ma visite est le comportement mécanique de ces constructions : leur capacité à se déployer naturellement, tout en conservant une architecture adaptée à la manipulation chirurgicale.
Le concept cherche ainsi à associer la facilité de manipulation d'une DSAEK et les performances optiques recherchées avec une DMEK. Il s'agit toutefois d'un objectif de conception, et non encore d'une équivalence clinique démontrée.
Aujourd'hui, la transplantation cornéenne repose essentiellement sur le don humain : le prélèvement, l'évaluation, la préparation et la conservation des greffons. L'ingénierie tissulaire pourrait progressivement faire évoluer ce modèle.
À partir d'un nombre limité de cornées donneuses, l'expansion cellulaire et la biofabrication pourraient permettre de produire un nombre bien supérieur de greffons endothéliaux. La standardisation de la fabrication, le contrôle de qualité et la possibilité de cryoconservation pourraient également modifier la disponibilité et la distribution des tissus.
L'enjeu n'est donc pas uniquement chirurgical. Il concerne l'ensemble de la chaîne de transplantation : du donneur au receveur, de la banque de cornées à l'unité de production de tissus thérapeutiques.
Cela ne signifie pas la disparition prochaine des banques de cornées. Elles pourraient au contraire devenir des acteurs majeurs de cette transformation, en associant leurs compétences historiques à de nouvelles activités de culture cellulaire, de contrôle biologique et de production tissulaire.
Les premiers résultats cliniques annoncés sont encourageants, mais plusieurs questions restent essentielles.
Quelle sera la survie endothéliale à long terme ? Quelle densité cellulaire pourra être maintenue après implantation ? Quelles seront les performances visuelles comparativement aux techniques actuelles ? Comment évolueront les risques immunologiques, les coûts de fabrication et les exigences réglementaires ?
Il faudra également démontrer la reproductibilité industrielle et la possibilité de rendre ces traitements accessibles à grande échelle.
L'essai clinique en cours constitue une première étape. Seuls des résultats consolidés, un suivi prolongé et des études comparatives permettront de déterminer la place réelle de ces nouveaux tissus dans notre arsenal thérapeutique.
La greffe de cornée a connu plusieurs révolutions : le passage des kératoplasties transfixiantes aux greffes lamellaires, le développement de la DSAEK puis de la DMEK, et aujourd'hui l'émergence des thérapies cellulaires et de la bio-ingénierie. La bio-impression pourrait représenter une nouvelle étape de cette évolution.
Cette visite chez Precise Bio m'a laissé une impression forte : celle d'une technologie complexe devenue, en apparence, remarquablement simple à mettre en œuvre.
Je remercie chaleureusement Amos Eitan, Aryeh Batt et toute l'équipe de Precise Bio pour leur accueil et la richesse de nos échanges. Je suis particulièrement enthousiaste à l'idée de futures collaborations scientifiques.
La greffe de cornée telle que nous la connaissons va probablement encore changer. Il nous appartient d'imaginer dès aujourd'hui ce que seront les banques de cornées et la transplantation cornéenne de demain.
Aucune publication évaluée par les pairs ne porte à ce jour sur le PB-001/PVEK. Les données expérimentales accessibles sont des communications de congrès et un article de revue professionnelle :
Précaution éditoriale. Les données cliniques citées proviennent des communiqués de l'entreprise. Elles ne doivent pas être présentées comme les conclusions d'un essai clinique comparatif publié et évalué par les pairs. Aucun résultat de phase 1 n'est à ce jour disponible sous forme d'article original. Je n'ai aucun lien d'intérêt financier avec Precise Bio ; cette visite s'inscrit dans un échange scientifique.
Sur ce sujet. DMEK et DSAEK : les greffes endothéliales · Kératoplastie lamellaire profonde (DALK) · Immunologie du rejet de greffe · Greffe de cornée : fiche patient · Chirurgie des yeux à Paris : consultation et rendez-vous.
Pour le contexte scientifique : le cours sur la greffe de cornée détaille les techniques lamellaires et le rejet endothélial ; l'actualité sur la régénération cornéenne replace la biofabrication dans l'ensemble des approches cellulaires. Version grand public : fiche d'information sur la greffe de cornée.
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